« Les Collines d’Eucalyptus » de Duong Thu Huong

 

9782848051581Ce livre (775 pages) est une plongée envoûtante dans le Vietnam des années 1980 ; l’auteur, qui vit à Paris, retrace dans un style imagé et coloré son pays. L’histoire est celle d’un jeune Thanh, que nous suivons derrière les barreaux de la prison, condamné aux travaux forcés pour meurtre ; il contemple calmement les paysages de brumes sur les rochers, et ses journées sont rythmées par la nourriture, le travail du bagnard. Les descriptions, tout au long du livre, sont terribles sur les conditions de vie, de survie et l’auteur, qui est une femme, n’hésite pas à nous donner des descriptions crues parfois. Thanh se remémore ce qui l’a amené à ce bagne. Et nous allons évoluer dans ce pays sauvage, violent et magnifique au milieu de jardins odorants, de splendides paysages, avec toutes les effluves d’une cuisine raffinée, imprégnés de toute cette culture différente de la nôtre. Nous aurons une alternance de sa vie « avant », de sa vie au bagne avant le dénouement. Ce jeune homme, excellent élève, fils modèle vivant entre des parents aisés et cultivés, mène une existence paisible dans l’amour et la tendresse de sa mère. Mais adolescent, il découvrira son homosexualité et ne pourra l’avouer à ses parents, vivant dans une sorte de clandestinité, tombé sous la coupe d’un mauvais garçon qui l’éveillera à sa sexualité et l’entraînera à s’enfuir de chez lui en ayant pris toutes les économies de sa mère alors qu’ils n’ont que 16 ans. Duong Thu Huong raconte avec maestria le fatal engrenage, la descente aux enfers de Thanh manipulé par ce compagnon qui vit à ses crochets, l’enchaîne à lui en jouant des relations sexuelles qu’il lui apporte.  Ils vivront de petits boulots, tout en étant dans la clandestinité en raison de leur jeunesse. Il y aura de belles rencontres pour Thanh (l’autre ne restant qu’un voyou qui le tient sous sa coupe) ; « un magnifique sage » qui sera bien sûr aussi son amant mais qui le fera réfléchir à l’abandon de sa famille ; de belles scènes dans la sagesse de l’Asie et les descriptions tant visuelles qu’olfactives. Les 2 adolescents végéteront à Dalat avant que Thanh ne s’enfuit à Saïgon pour tenter d’échapper à son mauvais génie. Là sa culture, son éducation lui permettront d’accéder à un certain équilibre de vie. Hélas, il sera rattrapé par son mauvais génie et nous aurons une issue fatale. Mais l’histoire ne s’arrête pas ainsi. C’est un peu « le retour de l’enfant prodigue » et la fin sera porteuse de lumière et d’espoir, Thanh retrouvant sa maman lors de dialogues de grande tendresse maternelle. Ce livre est un réquisitoire contre l’intolérance certes, mais aussi un superbe récit sur la différence et les préjugés (quelque soit le pays), et sujet on ne peut plus d’actualité. J’ai lu ce livre avec bonheur malgré l’épaisseur.

Elisabeth A.

« Les Collines d’Eucalyptus » de Duong Thu Huong

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