« La peinture américaine des années 1930 : the age of anxiety » de Judith A. Barter au Musée d’Orsay – Hazan

9782754109789Le Musée de l’Orangerie présente jusqu’au 30 janvier 2017 46 toiles consacrées à « La Peinture américaine des années 30 », montrées auparavant à l’Art Institute de Chicago sous le titre « America after the fall », l’Amérique après la chute. La chute est le krach boursier de Wall Street d’octobre 1929 qui a ruiné des centaines de milliers d’Américains.
Les artistes n’ont pas échappé au malheur, tel le peintre Max Weber acculé à la famine. L’Etat fédéral vint à leur secours grâce au « Federal Act Projects » et au « Work Progress Administration » qui fournirent aux artistes subsides et travail, à charge pour eux de montrer leur image de l’Amérique.
Au tout début du XXè siècle est apparu un mouvement appelé l’« Ash Can School », l’Ecole de la Poubelle, regroupant les artistes attachés à représenter la vie quotidienne des humbles et malheureux. L’Amérique, trois décennies plus tard, retrouvait une expression artistique tournée vers les populations défavorisées. Parmi les artistes les plus connus des années 30, le peintre Ben Shahn se fera le défenseur des victimes de la justice américaine (« The Passion of Sacco and Vanzetti », 1932). Phil Evergood se montrera mordant satiriste en peignant « Dance Marathon » en 1933, cette forme morbide de compétition de dance mettant en scène de malheureux chômeurs en mal de ressources. Ivan Allbright, hanté par la misère économique et le spectre hitlérien, peindra dans un style violemment expressionniste le cauchemar américain et son univers déliquescent d’êtres aux chairs bouffies, putréfiées ou sanguinolentes, comme son cruel « Autoportrait » en 1935 et « L’homme [qui] créa Dieu à son image » en 1931.
L’un des peintres les plus emblématiques de l’époque, Grant Wood, cherchera le visage d’une Amérique rurale, nourrie dans le culte des ancêtres. « Gothique américain », peint en 1930, en est la représentation la plus fameuse. Le tableau (exposé en Europe pour la première fois) nous montre un homme et une femme, incarnation de ces premiers colons intégristes venus de la puritaine Nouvelle Angleterre, tout droit sortis d’un sermon de Jonathan Edwards. L’homme, ascétique fermier au regard de glace, tient, comme l’arme au pied, sa menaçante fourche dressée vers le ciel, épaulé par une femme « gardienne vigilante des valeurs rustiques et coloniales, les sourcils froncés à force de voir partout à l’œuvre le Malin. […] Gothiques, en effet, ces barbares de l’Amérique aux goûts si simples et aux solides vertus » (Roland Tissot, Peinture et sculpture aux Etats-Unis, 1973). Dans le même esprit, Wood peindra en 1932 le cruel tableau des trois « Filles de la Révolution », parfaits et austères symboles d’une généalogie protestante qui se prétend supérieure, trio de femmes « bêtement cruelles et fièrement ennuyeuses » (Sinclair Lewis).
Edward Hopper, fidèle aux principes de l’Ash Can School, dans une tonalité poétique imprégnée de mélancolie, peindra des personnages immobiles ou solitaires, perdus dans de vains et vides décors urbains ou domestiques, abandonnés à des rêves qui ne se réalisent pas, à l’image de la malheureuse Carol Kennicott, l’héroïne de « Main Street », le roman de Sinclair Lewis.
Les années 30 ont été « l’âge de l’anxiété », sous-titre de cette exposition. Les artistes américains se sont alors interrogés sur leur histoire et leur identité, affichant des inspirations multiples allant du régionalisme au réalisme social, jusqu’au surréalisme et l’abstraction. « Née d’un désir de recomposer la vie américaine, [leur] diversité fait des années 30 la période artistique la plus créatrice et la plus importante du XXè siècle » écrit Judith A. Barter dans le superbe catalogue d’une exposition qui fera date.

par JB

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