« Désorientale » de Négar Djavadi chez Liana Levi

9782867468346Ce premier roman est un véritable hymne à la liberté de penser, ou du moins à la force qu’elle exige pour pouvoir vivre. Ecrit par une iranienne qui est arrivée clandestinement en France à l’âge de 11 ans avec sa famille, Négar Djavadi utilise sa plume avec un ton léger, truculent par moment et qui pourtant devient de plus en plus grave. Grâce à elle on découvre d’abord la richesse de la culture perse, on l’accompagne ensuite dans la prise de conscience des dangers qui vont détruire son pays, pour finir ( ou commencer ) une vie d’exilée en Belgique et en France.

Quand on lit ce livre, on s’imagine volontiers dans un endroit confortable avec des amis, écoutant une femme nous raconter sa vie à bâtons rompus. L’écriture est légère, le ton est drôle et toujours franc, la construction part un peu dans tous les sens, et pourtant, on ne se sent jamais perdus. On est désorienté, et on apprend ce qu’est l’âme, le caractère, le tempérament perse, si particulier. Le récit est ponctué d’anecdotes, tout en ne perdant jamais le fil de l’histoire de son pays. On avance avec Kïmiâ, l’héroïne et on comprend petit à petit les fractures d’un exil vers la France, avec des gens qui savent à peine faire la différence entre l’Iran et l’Irak.
Ses parents sont des intellectuels qui s’opposent à toute forme de dictature que ce soit celle du shah ou celle de Khomeiny. Son père lit et écrit beaucoup, au détriment d’une forme d’amour que sa mère compense en protégeant ses filles. Et l’auteur explique avec beaucoup de précision le contexte politique, y consacrant des passages importants. Elle ne fait de concession ni aux américains, ni aux musulmans, ni aux occidentaux. On continue d’être désorienté, étourdi par l’histoire de l’Iran, au travers de ces trois générations.
On le sait dès le début, elle quitte son pays, poursuivie par les djinns, ces esprits qu’elle tente d’éloigner. « Pour s’intégrer, il faut d’abord se désintégrer. » écrit-elle à propos de la difficulté d’entrer dans un pays qui n’est pas le sien. Commence alors cette lutte contre un passé qui l’habite et qui la modelée jusqu’au moindre détail. L’exil, l’oubli, la mémoire. Le ton truculent du début du livre est devenu plus grave, mais jamais nostalgique. Et l’histoire s’arrête, ouvrant la porte d’une nouvelle génération. Splendide.

par Nathalie P.

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