« Aux frontières de l’Europe » de Paolo Rumiz chez Hoëbeke

9782842304027Une merveille. Que chacun devrait lire pour apprendre, comprendre, et découvrir. Peu habituée à ce genre de lecture, « Aux frontières de l’Europe » est un récit de voyage chargé de quantité d’émotions, fait par un italien originaire de Trieste, entreprenant de traverser l’Europe du nord au sud, de Mourmansk à Odessa. L’image de la « fermeture éclair de l’Europe » convient parfaitement à l’état dans lequel le lecteur se trouve quand il commence la lecture de ce roman : on va voir quelque chose de fermé, qu’on va ouvrir, et refermer avec regret. Apprendre la complexité de la notion de frontière. Comprendre celle des limites que l’homme a dépassées. Découvrir les merveilles de la nature humaine.

Muni d’un sac-à-dos et accompagné d’une interprète polonaise connaissant le russe, Paolo Rumiz décide donc de descendre l’Europe de l’extrême nord jusqu’au bord de la mer noire. Il a aussi quelques principes simples en poche : utiliser les transports en commun des pays qu’il traverse, aller à la rencontre des gens pour les entendre parler de leur pays, de leur vie, et laisser une place aussi importante à la description de la nature qu’il ne le fera à celle des hommes. De Mourmansk, il va donc entrer « dans la panse de l’ours soviétique », et traverser la Norvège, la Finlande, la Russie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Biélorussie, l’Ukraine, avec une échappée en Tchéquie, pour embarquer à Odessa en direction d’Istamboul.

Les premières impressions sont assez sombres. Les guerres et politiques successives ont fait des dégâts au-delà de ce qu’on peut imaginer. Sur le plan humain bien sûr, mais aussi écologique. Certains pays étant passés aux mains des uns puis dans celles de leurs ennemis ensuite, le principe de conquête, suivi par celui d’exploitation a laissé des traces que le temps n’a pu effacer. On réalise également tous les mouvements, pour ne pas dire les exils, déplacements, pogroms, exterminations et déportations de populations que cette limite Europe-Russie a connus. « C’est l’histoire de Rita et Volodia, deux vieux russes pris au piège en Lettonie par le jeu des frontières mouvantes, une histoire inimaginable d’Européens oubliés, passagers de troisième classe, cachés comme une honte dans les dernières voitures du luxe communautaire. » Effrayant serait un euphémisme, et la nouvelle Europe, qu’on arbore si fièrement à l’ouest n’a pas compris grand chose à l’est.

L’argent a été ensuite le deuxième moteur de destruction de ces régions, par excès ou par défaut. Ces nouvelles fortunes, écrasantes, armées en vrais monopoles,  face à un appauvrissement complet de ceux qui n’ont plus que leur âme et leur langue pour vivre. Sombre disais-je et pourtant une lueur, un espoir, une foi, une magie propre à l’homme, qui est tombé à terre.

Et là est ce qui ressemble presque à un « miracle ». D’abord Paolo Rumiz ne rencontre que de la gentillesse chez les gens. Toujours prêts à l’accueillir, le nourrir, le loger, sans jamais demander ni même comprendre ce qu’il fait là. Ensuite, une liberté de parole qui surgit de pays écrasés par une dictature. Nous évoquons ici des souvenirs remontant à la seconde guerre mondiale ! mais le temps n’a pas changé grand chose. Alors l’Europe… presque une illusion. Et surtout le fil invisible qui retient tous ces gens à la vie : la foi indestructible, qu’ils vivent à leur façon, faisant fi d’une autorité supérieure.

Un atlas est essentiel pour suivre le chemin parcouru par notre aventurier, qui a réalisé un vrai travail d’historien. Ecrit en 2008, la confrontation avec l’actualité récente est fort intéressante.  On rit également beaucoup, se pinçant même pour savoir si on ne rêve pas, tant le burlesque reste inégalable. S’Il n’y a aucune photo, les paysages décrits paraissent idylliques. Enfin si je devais trouver encore un argument pour vous convaincre de lire ce livre, Paolo Rumiz est est un écrivain à part entière. « L’est, mon œil ! L’endroit où je me trouve en ce moment est le centre. Le ventre, l’âme du continent. Et cette âme est complètement en dehors de l’échafaudage bureaucratique qu’on appelle Union Européenne. Même sur le plan géographique, c’est vrai : sur la Tisza en Ukraine, j’ai trouvé un obélisque austro-hongrois datant de 1874, qui indiquait le centre de gravité de la terre ferme entre l’Atlantique et l’Oural, ma Méditerranée et la mer de Barents. A cette époque-là déjà, on savait que la « Mitteleuropa », l’Europe centrale, ne se trouvait pas en réalité dans les cafés viennois, mais bien plus à l’est, et même à l’est de Budapest et de Varsovie. C’est ici que bat le cœur, à des centaines de kilomètres au-delà de l’ex-rideau de fer, entre les bouleaux et les grands fleuves méandreux, dans une « terra incognita » faite de périphéries oubliées. »

par Nathalie P.

Je suis intéressé(e) par ce livre : je clique ici.

Pour consulter le blog de Nathalie P., cliquez ici  : Une t@sse de bonheur

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