« La porte de Magda Szabo » chez Viviane Hamy

9782878581836Ce roman est celui qui a fait connaitre Magda Szabo en France. Couronné par le prix Femina en 1987, » La porte » appartient à ces livres qu’ on n’oublie pas : les personnages d’abord avec Emerence et celle dont on ne lit jamais le prénom, puisque c’est elle qui raconte l’histoire. Ensuite la qualité de leur relation, dont on ne sait jamais comment elle évoluera. Et enfin la qualité littéraire de ce roman, où finalement il ne se passe rien et où on ne survolerai aucun mot, tant la densité de l’écriture rend le livre passionnant.

Emerence est engagée comme femme de ménage par un couple habitant un immeuble, dont l’entretien collectif est aussi assuré par elle. Elle travaille également dans d’autres maisons, et vit dans un petit logement, entouré d’un petit jardin. Celle qui l’emploie consacre une grande partie de son temps à l’écriture – c’est son métier – et cette activité intellectuelle va être le premier point de discorde entre elles. Emerence est une femme entière que rien ne rebute, ni n’effraie. Elle s’adresse à tout le monde avec la même froideur, et en même temps une infinie gentillesse. On l’imagine physiquement « terrienne », elle semble inébranlable, elle est brutale dans ses réactions, imprévisible, ne croit ni à Dieu ni à Diable, dit n’être attachée à rien ni personne, pourrait presque devenir profondément antipathique, si l’histoire qu’on découvre ligne après ligne, ne nous la révélait pas finalement si complexe, et attachante.

Celle qui raconte est aussi celle qui l’emploie. Elle est mariée, sans enfants, a une situation socialement reconnue, on l’imagine volontiers élégante, raffinée dans son éducation autant que sa culture, protestante et attachée au respect des traditions, droite, fidèle, au destin déjà tracé, « sans surprise ».

La présence d’Emerence pendant vingt ans va brouiller toutes ses cartes. C’est plus qu’une remise en question. Elle cherche à comprendre, à connaitre celle qui la surprend tous les jours. Ce monologue intérieur n’a aucune objectivité, et ce qui la heurte avec une violence inouïe ne s’exprime que par les mots qu’elle nous confie, nous prenant à témoin, comme si elle avait besoin de dire à quelqu’un : »vous avez bien vu ! » Mais Emerence a un tel aplomb, un tel sens des réalités, que sa maitresse se range de son côté. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, ni un échec, ni une rivalité. Le piège de la lutte des classes est heureusement évité. On pourrait davantage parler de confrontation entre un humanisme civilisé et une philanthropie archaïque.

Emerence est bonne, généreuse, magnanime, elle honore Dieu par ses actes, même si elle en nie l’existence, Emerence est serviable, toutes les choses auxquelles je m’efforce de penser sont naturelles pour elle, et peu importe qu’elle l’ignore, sa bonté est innée, la mienne m’a été inculquée, je me suis bornée par la suite à respecter certaines normes éthiques.

Pourquoi « La porte »? Au sens propre elle est celle derrière laquelle Emerence cache quelque chose, et dont elle confie la responsabilité à sa maîtresse, lorsqu’elle ne restera plus de ce monde. Elle représente aussi son enfance, sa jeunesse, sa vie pendant la guerre. Elle est le symbole d’un obstacle qu’on cherche à surmonter. Et c’est toute la beauté de cette femme qui est d’une limpidité extrême et reste mystérieuse jusqu’au bout du livre. Ouvrez la porte, vous ne serez pas déçu.

par Nathalie P.

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Pour consulter le blog de Nathalie P., cliquez ici  : Une t@sse de bonheur

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