« La femme qui pleure » de Zoé Valdés chez Arthaud-Poche

9782081391185Zoé Valdés, romancière cubaine exilée, à présent franco-espagnole, a écrit en 2013 un poignant et magnifique livre sur Dora Maar, « La Mujer que llora », traduit en français sous le titre « La Femme qui pleure ». En 2016, les éditions Arthaud ont réédité ce texte dans leur collection de poche, dans la très belle traduction d’Albert Bensoussan. C’est sous ce titre, on le sait, que Pablo Picasso a peint une série de portraits de Dora Maar, cette femme photographe et peintre surréaliste, dont le génie malaguène avait fait sa muse.
Picasso fit la connaissance de Dora Maar en 1936, à travers une photo de Man Ray, celle où elle apparaît « la tête emplumée et le regard adouci […].Tout s’est alors transformé, mon indépendance a été abolie, et je me suis annulée comme artiste » écrit-Dora Maar par la plume de Zoé Valdés. Le magnétisme qu’exercera dès lors Picasso sur cette femme sera total au point que le peintre de Malaga lui demandera même de se détourner de la photographie, sa source et force créatrice, au profit de la peinture.
Zoé Valdés, tout au long du livre, nous dépeint une femme en proie à une passion dévorante et aux caprices, amoureux et artistiques, du Maître. La vie avec Picasso deviendra vite une succession de souffrances et d’humiliations, de sacrifices et d’abandons, d’affrontements et de déchirements. « Comment une femme aussi intelligente qu’elle pouvait être aussi insupportablement soumise ? » écrit Zoé Valdés.
Dora Maar, dans l’ombre de Picasso, côtoie artistes et écrivains, issus du surréalisme, tous complices et acteurs d’échanges et de rencontres où le cercle d’amis s’adonne à des jeux souvent sexuels au cours desquels, tel le Minotaure qu’il a coutume de dessiner, Picasso s’unit dans la même rage et violence aussi bien à Dora qu’à Nush, la femme de Paul Eluard. Sous les yeux du poète. Qu’importe, « Eluard aimait Nush ce qui ne représentait pas un obstacle pour partager sa femme avec Picasso » !
Dora découvre aussi, dans ce monde d’artistes et d’écrivains, la lâcheté politique, celle d’Eluard, précisément, vis-à-vis d’un camarade russe envoyé à la mort par Staline, la lâcheté humaine, celle de Picasso qui laisse partir vers la mort son vieil ami Max Jacob sans faire un geste qui pourrait le sauver de l’enfer des camps nazis.
La vie de Dora avec Picasso durera dix ans. Dix années de sacrifices, de contraintes, de vexations et de larmes. Picasso aimera cette femme-là, « cassée, brisée, défaite », souffrante et pleurante, et il fera d’elle une œuvre d’art. Pour l’éternité, elle sera « la femme qui pleure ».
Au bout de ces dix ans, Picasso se lassera du charme de sa maîtresse. « Elle ne sert plus à rien » dira-t-il avec cruauté. Il la fera même interner à l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne, avec la complicité de Paul Eluard, encore lui, et l’aide de Jacques Lacan. Puis la mettra à la porte « comme on dépose un vieux meuble déglingué à l’intention des éboueurs » écrit Zoé Valdés.
Quelques années après cette rupture, et pour tenter de se reconstruire, Dora Maar fera un voyage à Venise de quelques jours, voyage qui « garde un mystère » selon Zoé Valdés, fil rouge de son livre. Dora y sera accompagnée de deux de ses amis, intimes eux aussi de Picasso : James Lord et Bernard Minoret. Ils sont homosexuels mais, à leur manière, un peu amoureux aussi de la belle et malheureuse Dora. Au retour d’Italie, Dora se coupera du monde, s’isolant dans son appartement parisien, entouré de tableaux de Picasso et ne manquant chaque jour du reste de sa vie aucun office religieux à Notre-Dame. « Elle est seule et elle le restera. Picasso a fait d’elle une irrémédiable solitaire » écrira dans son journal Bernard Minoret.
Zoé Valdés croisera un jour, par hasard, Dora Maar dans Paris et, dès cet instant, guettera ses allées et venues. Mais la timide Zoé n’osera jamais l’aborder et le jour où elle s’y décidera, elle apprendra la mort de Dora, foudroyée par une attaque, sur le parvis de la cathédrale, un matin de juillet 1997. Elle avait 90 ans et Zoé n’aura donc eu jamais le bonheur de rencontrer cette femme qu’elle admirait par-dessus tout.

par JB

Je suis intéressé(e) par ce livre : je clique ici.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s