« Disproportion de l’homme » de Laurence Plazenet chez Gallimard

Après « La Blessure et la soif » (Gallimard, 2009, paru ensuite en Folio), fort et sublime roman d’amour dans la France et la Chine du XVIIè siècle, Laurence Plazenet, universitaire spécialiste de la littérature baroque et de Port Royal en particulier, nous a offert à nouveau, en 2010, un beau roman, prolongement du précédent mais cette fois plongé dans le XXIè siècle, un roman au titre pascalien, « Disproportion de l’homme », et comme le précédent, empreint de littérature classique, fait de ce style qui va à l’essentiel, tendu comme un arc, précis sans être précieux, ténébreux sans être obscur .


Un quadragénaire marié, installé dans la vie sociale, est repris par un amour « nu et fulgurant » antérieur à son mariage, une passion vécue brièvement, incandescente et qui l’a marqué au fer. Simon peine à se détacher et de l’une et de l’autre femme. Cet homme marié par confort, mais velléitaire par nature, qui a « tant voulu et tant esquivé » craint le « vide qui adviendrait si le bonheur se dérobait encore ». Est-il réellement capable de quitter Carine, son épouse, et briser cette union, « paresse maquillée en dévouement » ? Laurence Plazenet décrit, dans un style dépouillé jusqu’à l’os, cette relation à trois, le déchirement d’un homme au milieu des passions, entre terre et ciel, entre quotidien et soif d’absolu. Le style de Laurence Plazenet nous réserve de grands bonheurs d’écriture comme elle le faisait déjà dans « La Blessure et la Soif ». Tout est magnifiquement dit dans ces phrases courtes, incisives: « A Paris, entre 1994 et 2011, Simon aima une femme. cet amour était tout. Il n’y consentait pas. Les âmes sont de petites gouttes de nuit dans la médiocrité du monde diurne. Il assécha cette source. Il se donna au jour ». Ce jour, c’est le monde matérialiste, « la consommation des temps », où les êtres d’aujourd’hui se perdent, pour l’argent, l’éclat social et la convention d’une vie de couple. L’homme qu’il a choisi d’être (ou de paraître) « voyage, a une expression grave, des lunettes sombres, une aisance linguistique confondante. Simon [dans le monde des affaires où il évolue] s’adresse à ses pairs: hommes riches bien nourris, vaniteux à leur insu ». L’univers des « traders » n’est pas loin ! Le drame de Simon, vécu comme une damnation, est là, écartelé entre cette « projection permanente de soi », pris dans une vie de « contorsions et leurs trophées » et une passion abandonnée puis retrouvée, fulgurante et lancinante tout à la fois. Passion intense et partagée mais, au final sans issue. « Leur éblouissement n’a pas trouvé tous les chemins » et « les voici dans leurs vraies ténèbres ». Simon, après la disparition de sa maîtresse, manque de mourir (suicide? accident ?) et son retour progressif à la vie nous donne un dernier chapitre bouleversant de tension psychologique et superbe de maîtrise narrative. La trame de ce roman sur un homme en proie aux affres de l’adultère et de la séparation aurait pu n’être qu’une histoire sentimentale comme il s’en publie bon nombre chaque année. Laurence Plazenet est bien au-delà, et on lit son roman avec l’égal émerveillement qui nous prend à la lecture des grands textes de la littérature.

Par JB

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