« Je suis fou de toi, le grand amour de Paul Valéry » de Dominique Bona aux éditions Grasset

Voilà un texte biographique très sensible, joliment écrit et passionnant de bout en bout, de Dominique Bona sur le grand amour de Paul Valéry, dont les manuels scolaires et universitaires parlent peu, ou pas du tout. Ce grand amour s’appelle Jeanne Voilier, née de père inconnu en 1903, une femme superbe… et conquérante.
Le prestigieux Paul Valéry l’avait séduite par sa conversation étincelante, son humour fin et irrésistible et son universelle culture. S’est-il douté alors qu’il ne serait qu’un papillon de plus dans la collection de cette « veuve noire » ?

Car Jeanne Voilier prit aussi dans sa toile et mit dans son lit nombre d’autres intellectuels et homme de lettres, très connus de préférence, en particulier Saint-John Perse, Jean Giraudoux, Robert Denoël. Cette femme cultivée, intelligente, voire manipulatrice, à la beauté sculpturale admirée de toutes et surtout de tous, adorait par-dessus tout qu’on soit à ses pieds. Avec Valéry, elle fut servie au-delà de toute attente. L’écrivain s’embrasa pour elle dès leurs premiers échanges alors qu’il était déjà quasi septuagénaire, et depuis longtemps marié avec enfants.

« Amoureux plus et mieux qu’à vingt ans, c’est la cruauté de la vie » écrit Dominique Bona. Valéry en effet, en 1938, année de sa rencontre avec Jeanne, était un homme vieillissant, aux dents jaunies par la nicotine et le café, à l’haleine tabagique empuantie par trois paquets de cigarettes quotidiens, bronchitique chronique, un homme au corps usé, courbé et sec comme un cep de vigne. Mais qu’importent l’allure et la santé, la violente passion qui s’empare de lui, très vite, lui inspire de superbes poèmes d’amour, chauds, voluptueux, sensuels, très éloignés de ce qu’a écrit ce « Monsieur Teste, commentateur inlassable des pensées et froid observateur des passions humaines… [Ses poèmes à Jeanne] parlent de très haut amour mais aussi de sexe, de fusion des corps et de communion des âmes, [et] de l’espoir d’être aimé en retour, aussi fort qu’il aime. La folle illusion de l’accord parfait entre les amants alternent avec des aveux pathétiques sur la différence d’âge et le vieillissement » (Dominique Bona). Valéry aurait tellement voulu que la femme aimée, de trente ans sa cadette, réponde avec la même fièvre à ses paroles, ses lettres, et ses poèmes… Bien que profondément remuée, et flattée, par une telle ardeur, Jeanne se détachera inexorablement de son amant, trop éprise de sa liberté, et lasse, aussi, de ne pouvoir le convaincre de divorcer. « Un jour sans toi vécu ne m’est qu’un jour de fer/ Qui m’accable d’un poids que mon soupir repousse/ Et qui s’achève en siècle accompli dans l’enfer » écrit Valéry dans le recueil « Corona & Coronilla » qu’il lui dédie. Jeanne le reconnaîtra plus tard : « C’est l’être qui m’a le plus aimé au monde ».

Le poète est mort de chagrin, en avril 1945, à 74 ans, dans les honneurs rendus par la Nation, et dans le désespoir d’un fol amour à jamais impossible. « Douce d’hier/ Cœur qui fut mien, chair

qui sera d’autrui/ Voix qui m’a dit la tendresse éternelle/ Ô voix si tendre/ Ô toute Toi par qui je suis détruit…/ Ce qui sera bientôt ne sera plus/ Demain se meurt au cœur de ce jour même…/ Jours qui viendrez, vous êtes révolus… » (« Corona & Coronilla »).

La belle Jeanne aura, elle, la force de vivre jusqu’à 93 ans. Elle survivra sans grands états d’âme à la mort du poète. En femme organisée, et âpre au gain, elle vendra sa maison d’édition juridique, les éditions « Domat » fondées par son père adoptif Jean Voilier, et la maison d’édition littéraire « Denoël », fondée par Robert Denoël, l’autre amant qui « détrôna » Valéry et mourut mystérieusement assassiné au lendemain de la guerre. On soupçonnera même sa froide et calculatrice maîtresse d’avoir trempé dans ce forfait !

Elle n’eut aucun scrupule non plus à céder aux enchères, à prix d’or, les éditions originales que Valéry lui avaient dédiées et, pire, les milliers de lettres que le pauvre poète, ce « grand brûlé de l’amour » (Dominique Bona), lui avait envoyées. C’est ainsi que la légitime, fidèle et digne épouse Jeannie (troublante quasi homonymie) à laquelle Valéry, clandestin polygame, restait attaché (par goût de la vie de famille, avouait-il !), apprit au grand jour que l’homme de sa vie et père de ses enfants avait, de son côté, une autre et double vie…

Par JB

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