« L’art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Flammarion

Sur une page de l’Histoire de France qu’est la guerre d’Algérie, Alice Zeniter nous donne un grand livre avec l’histoire de sa famille paternelle dans une saga foisonnante. Un livre en 3 parties, 3 destins, 3 déchirures en quelque sorte.

Un livre qui nous retrace le destin de ces Kabyles que la France a « oubliés après les avoir utilisés », « L’art de perdre, un voyage qui n’a pas de fin ».

En prologue, Naïma, jeune galeriste parisienne et ses questionnements « je ne vais pas y arriver » a-t-elle oublié d’où elle vient ? » A l’occasion d’une exposition , elle sera envoyée en Algérie afin d’y rencontrer un artiste . « Elle portait l’Algérie en elle, prénom, peau brune, cheveux frisés… » mais elle ne sait rien de l’Algérie, ne parle pas arabe, ne fréquente pas la mosquée, danse, boit, change d’amant…

Dans la 1ère partie, les années 50, Ali , le grand-père ancien combattant de 39-45, bardé de médailles, vit de la culture des oliviers, entouré de sa femme, les enfants, les frères, la famille… Ils sont aisés. Quel beau moment nous fait vivre l’auteur : nous sommes immergés dans ces montagnes au milieu des Kabyles, dans la vie familiale, les odeurs, la douceur de vivre. Mais très vite la montée des tensions et la peur nous amènent vers la violence, les déchirements ; 1ère déchirure avec cette guerre d’Algérie qui déchire français et algériens, algériens entre eux : Harkis (nous apprendrons la signification de ce mot) qui soutiennent les français et le FLN pour l’indépendance. Dans cette Algérie sanglante, Ali harki malgré lui va devoir tout abandonner, et fuir ce pays si cher à son cœur en prenant le bateau avec femme et enfants car il veut sauver leurs vies.

Dans la 2ème partie, les années 60. Période peu glorieuse pour la France. Pour ces hommes et ces femmes, exil forcé, perte d’identité que l’on « parque » dans le camp de Rivesaltes derrière des fils de fer barbelés. Les conditions de vie sont terribles : froid, pluies, barrage de la langue…Puis, certaines familles dont celle d’Ali vont « trouver refuge » dans une petite commune des Basses-Alpes et devenir ouvriers forestiers. Ils essayent de garder leurs traditions de vie, traditions culinaires… La jeune épouse d’Ali donnera naissance à d’autres enfants. A nouveau un déracinement, la famille est installée en Normandie. Et c’est là que l’histoire se concentre sur Hamid, le fils aîné, le père de Naïma. Hamid aux questions laissées sans réponse par le père. Il décide de ne pas être un « sous-français », tire un trait sur son passé, souffrant de honte et de chagrin de voir ainsi ses parents déclassés ; il apprend le français avec rapidité et avidité, se révélant brillant élève. Il fuit la cité où vivent les harkis, étudie, ne fréquente que des français et se mariera avec une Française. Ils auront 3 filles élevées comme des petites françaises, ne parlant que Français. Elles aiment leurs grands-parents qu’elles rencontrent lors de fêtes familiales…Hamid qui a occulté tous ses souvenirs ne leur raconte rien de l’histoire de leur famille.

 

Dans la 3ème partie, Naïma se cherche. Elle vit heureuse, libre à Paris. Mais les attentats la rattrapent en quelque sorte. Elle s’interroge alors sur son identité, craint de mal parler le français, d’être assimilée aux terroristes…Elle veut comprendre l’histoire de sa famille. Elle accepte de se rendre en Algérie dans le cadre de son travail à la galerie. A la recherche de ses origines, elle y rencontrera des membres de sa famille restés au bled ; découvrira la lumière des paysages de son pays d’origine, mais découvrira aussi la culpabilité.. En se questionnant, elle cherche à se débarrasser d’un lourd héritage familial, ne se sentant plus chez elle en Algérie, afin de se construire, se réconcilier avec elle-même.

 

Un grand roman « épique », intéressant de bout en bout, sur ce moment d’Histoire, sur cette quête d’identité. L’écriture est maîtrisé, belle, et poétique dans les descriptions.

Par E.S.A

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