« Sucre noir » de Miguel Bonnefoy aux éditions Rivages

Quel plaisir à lire ce joli conte ! L’écriture est belle, lyrique avec des mots rares, étranges, exotiques ! Que de belles descriptions emplies de poésie : elles nous font rêver en nous entraînant dans ce village des Caraïbes.

Dans un 1er chapitre extraordinaire, l’auteur nous entraîne dans une histoire : celle d’un trois-mâts de 18 canons qui se trouve planté au sommet des arbres. L’équipage ne fait rien, la nourriture baisse (que d’images pour combler les manques !).

La tempête se lève, le bateau tangue… Il faut se délester des caisses, meubles, objets volés (ah la flibuste). Mais le capitaine Henry Morgan refuse de jeter son trésor par-dessus bord. Et voilà notre histoire qui démarre pendant trois siècles.

Un village s’est construit. . Nous suivrons la famille Otero sur trois générations. L’ancêtre a donc acheté cette maison pas bien belle, pas cher, bâtie sur des sols pas entretenus avec une clause morale : il est interdit d’entrer dans l’une des chambres ; la propriétaire vient s’y recueillir tel un fantôme chaque année « pleurer son mari en remplissant un seau de larmes ».

 

La famille Otero possède cette ferme, vit simplement en cultivant la canne à sucre. La fille Serena rêve du grand amour. Arrive un jeune homme Severo Bracamonte persuadé de trouver le trésor. Il écume la région, équipé de tout un matériel, compas, cartes. Puis un beau jour, il épouse Serena et décide de cultiver les terres de son épouse et de les mettre en valeur. Le couple aura une fille Eva Fuego (quelles circonstances que l’arrivée de cette enfant !). D’autres viendront chercheront le trésor. Au fur et à mesure de l’histoire, la petite exploitation se transforme en usine, industrie du rhum et autres liqueurs, transport de pétrole…

Que raconter de plus ? Une belle histoire merveilleuse avec des mots envoûtants. Quelle nature avec ces goyaviers, ces amandiers, ces orchidées, ces arômes de rhum, des épices ! Et la quête de ce trésor ? Les héros de ce roman, de ce conte, cherchent tous le bonheur ailleurs que chez eux ! Au fur et à mesure de notre lecture, nous trouvons le message tel une fable de La Fontaine. La fortune ne vient pas du trésor, mais du travail. Où est le bonheur ? Ne cherche-t–on pas souvent des richesses alors que les vraies se trouvent souvent dans notre quotidien, tout près de nous. Protégeons la terre, notre vie. On trouve dans ce livre un panel de personnages savoureux, bien vus dans leur psychologie.

C’est aussi, comme nous l’a dit l’auteur lors d’une belle rencontre au Forum, une métaphore sur son pays le Vénézuela. Ce pays a perdu son âme entre la monoculture et l’exploitation du pétrole, en devenant un pays où la notion de travail s’est perdue. Alors que ce pays possède probablement la plus grosse réserve de manne pétrolière, il est difficile de trouver toutes les denrées de première nécessité tels le lait, les œufs, l’huile, le sucre … même l’essence ! Le pays doit importer la quasi-totalité des biens de consommation, et se trouve ruiné. On a abandonné des terres riches, on n’a plus travaillé pour vivre sur ce pétrole… et le pays est le « royaume de la paresse et de la corruption. Où sont allées les vraies richesses ? Je viens de lire un article où l’on parle de ce Vénézuela où des enfants meurent de faim ; seuls les plus « riches » peuvent s’en sortir en quittant le pays !

Un beau livre, un beau conte. Une richesse de vocabulaire incroyable, une belle construction des phrases. Un livre « rafraîchissant » et poétique.

Par E.S.A

Je suis intéressé(e) par ce livre : je clique ici.

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