« Sérotonine » de Michel Houellebecq aux éditions Flammarion

« C’est un petit comprimé blanc, ovale, sécable », le captorix, régulateur du taux de sérotonine, qui va tenter de rendre à peu près vivable l’existence de Florent-Claude Labrouste, ingénieur agronome, sujet « inapte au bonheur » et homme inconsolable d’avoir perdu les amours de sa vie, successivement Yuzu, Claire, Kate et Camille. Le personnage, dans une déambulation professionnelle et affective allant de Paris à la Normandie en passant par l’Espagne va traîner son ennui, sa solitude et sa tristesse dans le sombre souvenir de ses aventures et échecs sentimentaux.

Voilà qui nous donne 350 pages, écrites à l’encre très noire, où le héros du livre, dans un abandon et un désespoir nimbés constamment de tabagisme et d’alcool, traverse et s’empare de tous les sujets qui agitent la société actuelle: l’écologie, les OGM, Monsanto, la maltraitance animale (qui nous vaut la description effrayante d’un poulailler industriel), la pédophilie (celle d’un photographe naturaliste, « allemand de surcroît » -étrange précision-), les « bobos » investisseurs de lofts et de moulins dans la Creuse, le féminisme, l’obsession érotico-pornographique du bonhomme et sa libido (mise en berne par la puissante chimie médicamenteuse avalée par notre déprimé chronique), le star-système du petit écran, la désertification des campagnes, la colère et le suicide des paysans, la découverte « éblouie » des hypermarchés façon « Edouard- Leclerc ». Tout ou presque y passe ! L’islam en marche est absent mais Houellebecq nous l’avait déjà servi, si l’on ose dire, dans « Soumission ».

Toute cette chaîne de déboires personnels, malheurs sociaux et aléas de la communauté des hommes conduira sur le « chemin de l’anéantissement » un pathétique narrateur (double de Houellebecq ?), bourré plus que de raison d’antidépresseurs mettant en péril absolu son taux de sérotonine et son pauvre équilibre mental au grand dam du psy lui-même qui lui prédit sa mort prochaine !

Quelques éclairs de douceur et de délicatesse traversent pourtant la noirceur du récit et font regretter que Houellebecq ne s’attarde pas davantage sur les moments de tendresse familiale ou amoureuse : quand le narrateur évoque par exemple la mort bouleversante de ses deux parents, quand la passion éperdue pour Camille, amour perdu et inconsolable de sa jeunesse évanouie, revient régulièrement enchanter sa mémoire.

« Le monde extérieur est dur, impitoyable aux faibles, il ne tient presque jamais ses promesses, et l’amour reste la seule chose en laquelle on puisse encore, peut-être, avoir foi ». Voilà qui pourrait être la phrase qui résume le livre et la philosophie de l’auteur.

Michel Houellebecq, coutumier du « décadentisme », nous donne à lire, livre après livre, plus l’œuvre d’un sociologue du temps présent que celle d’un romancier, plus d’un journaliste du quotidien que celle d’un artiste. Ses livres vont-ils rester dans les annales de la littérature française ? À voir. Et dans l’histoire de l’édition (et du marketing) ? Sans doute aucun : ses textes en effet sont désormais tous tirés à plus de 300000 exemplaires à peine sont-ils publiés. Au moins, sur ce terrain, la décadence pour Houellebecq n’est pas pour demain !

par Jacques Brélivet

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