« Une femme en contre-jour » de Gaëlle Josse aux éditions Les Éditions Noir sur Blanc

« Personne ne sait ce que fut sa vie, son regard, son talent  ». Voilà qui pourrait être l’épitaphe de Vivian Maier (1926-2009), photographe dont l’œuvre fut découverte il y a peu, par un de ces hasards de la vie qui font le bonheur des romanciers et des biographes. Gaëlle Josse a ainsi plongé dans la vie étrange, insolite et malheureuse de cette femme avec la sensibilité, la délicatesse et l’émotion qui font la beauté de chacun de ses textes, et nous livre le portrait de Vivian, ténue et énigmatique figure d’Une femme en contre-jour.

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« Proust, Prix Goncourt… » de Thierry Laget aux éditions Gallimard

En 1919, la France sortait de la première guerre mondiale. Le prix Goncourt avait été successivement, et exclusivement, attribué pendant cette période tragique à des romans de guerre, dont « Le Feu » d’Henri Barbusse en 1916 et « Civilisation » de Georges Duhamel en 1918.

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« Mes vies secrètes » de Dominique Bona aux éditions Gallimard

« Je le sens bien, vous n’écrirez plus de romans… ». C’est François Nourissier qui dit ces mots à Dominique Bona quand elle vient rendre visite au vieil écrivain, malade et isolé dans sa demeure parisienne. Cette phrase la touche au cœur, elle qui fut d’abord une romancière deux fois couronnée – Prix Interallié et prix Renaudot. François Nourissier dit juste, confesse-t-elle, « le genre s’éloignait de moi et me menaçait d’un départ définitif ». Car Dominique Bona est devenue, au fil de son œuvre, d’abord une biographe elle aussi reconnue et distinguée comme la romancière – Goncourt de la biographie pour « Berthe Morisot, le secret de la femme en noir » en 2000, puis Prix Prince Pierre de Monaco pour « Clara Malraux, Nous avons été deux » en 2009 -. Elle s’en explique, d’une plume lumineuse portée par cette grâce et ce charme des mots dont elle est coutumière, dans son dernier livre « Mes vies secrètes », paru en janvier 2019 chez Gallimard.

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« La Nuit du bûcher » de Sándor Márai aux éditions Le Livre de Poche

Sándor Márai, romancier hongrois né avec le XXe siècle, mort, par suicide, en 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin, est un écrivain que la France a découvert depuis peu. L’homme a connu les deux guerres mondiales puis, chassé de Hongrie par les communistes, prit le chemin de l’exil vers Italie en 1948 et acheva sa vie aux États-Unis. Ses livres sont traduits en français depuis 1958, date où paraissent Les Braises, son livre emblématique, considéré par beaucoup comme son chef d’œuvre. Sa véritable notoriété en France n’apparaît qu’à partir des années 90. Son dernier livre traduit en français, La Nuit du bûcher, est paru en 2015 seulement alors qu’il fut écrit en 1974. Étonnante lenteur éditoriale dans l’Hexagone pour un écrivain d’Europe centrale sans aucun doute de la même importance et la même stature qu’un Joseph Roth, un Elias Canetti ou un Stefan Zweig.

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« Leçons De La Shoah » de Gérard Rabinovitch aux éditions Canopé

La France n’échappe pas aux vagues actuelles et récurrentes d’antisémitisme en Europe. De 311 en 2017, les actes antisémites ont bondi à 541 en 2018, soit une hausse de 74%. Même la paisible ville de Vannes a vu surgir il y a peu sur l’un de ses murs une inscription haineuse et menaçante d’une rare bassesse et violence à l’encontre de la romancière Christine Angot venue donner une conférence à l’invitation de la ville morbihannaise pour le festival « Les émancipées » en mars dernier. Pourquoi l’antisémitisme garde-t-il autant de vigueur depuis des siècles et en tout lieu de la planète ? Un tout petit livre d’un peu plus de 100 pages, à vocation pédagogique, nous en donne l’explication historique et nous fournit des réponses claires et édifiantes, qu’elles soient religieuses, politiques ou sociales.

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« Léonard de Vinci anatomiste » de Marin Clayton et Ron Philo aux éditions Actes Sud

Il y a cinq cents ans, le 2 mai 1519 précisément, Léonard de Vinci mourait à l’âge de 67 ans au manoir de Cloux, aujourd’hui château du Clos-Lucé à Amboise, dans les bras de François Ier, si l’on en croit la scène de son trépas peinte par le romantique Ingres. Avec lui c’est un immense artiste et homme de science de la Renaissance qui disparaissait. Léonard avait marqué son temps par le génie de sa peinture. Si l’on savait aussi son intérêt profond pour les études scientifiques en matière d’architecture, d’optique, de géologie, de botanique, d’hydrodynamique, connaissait-on, en son temps, avec autant d’évidence, les travaux qu’il développa sur l’anatomie humaine ? A vrai dire, rares étaient ses contemporains qui avaient eu connaissance de ses descriptions détaillées du corps humain. Ce n’est qu’aux XIXe et XXe siècles que l’on s’est penché vraiment sur ses milliers de dessins et de croquis : autant de travaux et de recherches qui ont occupé la dernière décennie de la vie de Léonard, beaucoup plus que ses peintures qu’il se contentait alors de reprendre et retoucher.

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« Vie entre parenthèses » de Antonio Otero Seco aux éditions Folle avoine

Antonio Otero Seco fut un journaliste républicain espagnol, condamné à mort par le régime franquiste à la fin de la guerre civile de 1936-1939, peine commuée en condamnation à 30 ans de prison puis en liberté surveillée avec interdiction d’exercer son activité de journaliste et d’écrivain. Entré en clandestinité, il finira par s’échapper d’Espagne en 1947 pour se retrouver à Paris au sein de l’Association des Journalistes Espagnols exilés. En 1952, don Antonio, comme l’appelleront affectueusement ses collègues enseignants et ses étudiants, sera nommé lecteur d’espagnol à la Faculté des Lettres de Rennes. Il le restera jusqu’à son décès en 1970 sans avoir revu sa chère Espagne, libérée tardivement du franquisme, en 1975. C’est en 1952 également que la revue de Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, publiera son récit intitulé « Dans les prisons d’Espagne et dans la clandestinité ». Un récit qui fait écho à un autre texte, poignant, que viennent de publier les Editions Folle Avoine, dans une belle et inédite traduction d’Albert Bensoussan, son proche et fidèle ami de l’université rennaise, sous le titre de « Vie entre parenthèses ». Lire la suite

« Sérotonine » de Michel Houellebecq aux éditions Flammarion

« C’est un petit comprimé blanc, ovale, sécable », le captorix, régulateur du taux de sérotonine, qui va tenter de rendre à peu près vivable l’existence de Florent-Claude Labrouste, ingénieur agronome, sujet « inapte au bonheur » et homme inconsolable d’avoir perdu les amours de sa vie, successivement Yuzu, Claire, Kate et Camille. Le personnage, dans une déambulation professionnelle et affective allant de Paris à la Normandie en passant par l’Espagne va traîner son ennui, sa solitude et sa tristesse dans le sombre souvenir de ses aventures et échecs sentimentaux.

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« Lettre ouverte au grand-père capitaine » de Jacques Josse aux éditions Le Realgar

Beaucoup des livres de Jacques Josse font revivre le pays et les personnages de son enfance. Ses deux derniers textes, parus au printemps et à l’automne 2018, sont de ceux-là : Débarqué nous parle magnifiquement de la figure d’un père à tout jamais arraché au rêve d’être marin, et la Lettre ouverte au grand-père capitaine ressuscite tendrement la figure d’un aïeul qui déroula sa vie à bord de navires océaniques. Ces deux textes se rejoignent avec bonheur et avivent plus encore l’émotion du lecteur.


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« Frère d’âme » de David Diop aux éditions Le Seuil

Le centenaire du premier conflit mondial a fait naître beaucoup de romans francophones. En 2013, c’est Pierre Lemaître qui ouvrait le feu, si l’on ose dire, avec Au revoir les enfants, haletant roman d’un écrivain qui s’était frotté jusqu’alors au roman policier. Les jurés du Goncourt l’avaient couronné en 2013. Un autre Goncourt a auréolé lui aussi en 2018 un roman inspiré par la guerre de 1914-1918. Mais les jurés étaient cette fois les lycéens séduits par un texte tout à fait original, Frère d’âme de David Diop, un court et beau récit qui fait parler un acteur du conflit qu’on n’a pas l’habitude de voir et entendre en ces circonstances, l’un des 135000 tirailleurs sénégalais venus combattre en France, nommé Alfa Ndiaye, simple soldat arrivé d’Afrique et plongé dans les horreurs de la guerre aux côtés de Mademba, « son plus que frère, son ami d’enfance ».

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