« Âme brisée » de Akira Mizubayashi aux éditions Gallimard

Voilà le cinquième livre et deuxième roman d’un merveilleux écrivain japonais féru de littérature française, maîtrisant parfaitement notre langue dans un style toujours fluide et délicat. Akira Mizubayashi, marié à une Française et homme de deux cultures, nous avait séduits avec « Une langue venue d’ailleurs » où, disait-il, il évoluait dans une forme d’entre-deux et s’abandonnait avec délice à « cette errance entre les deux langues ». La musique est aussi son territoire et sa passion. « Un amour de mille-ans », son premier roman, baignait dans la musique de Mozart. « Âme brisée » nous fait découvrir cette fois l’enchantement et les miracles nés de l’aventure d’un violon à la sonorité sublimée par la musique de Schubert et de Bach.
Dimanche 6 novembre 1938, Tokyo, un petit ensemble de musique de chambre répète dans un centre culturel d’un quartier de la capitale japonaise. Yu, un professeur d’anglais, a réuni là trois de ses étudiants, musiciens comme lui : Kang, un violoniste, Yanfen, une altiste, et Cheng, un violoncelliste, tous les trois chinois. Yu, lui, est japonais. Blotti dans un coin de la salle, Rei, « politesse » en japonais, jeune fils de Yu, est plongé dans la lecture d’un livre, tout en ne perdant pas une miette de la répétition.

Lire la suite

« La plus précieuse des marchandises » de Jean-Claude Grumberg aux éditions le Seuil

Comment parler de la Shoah ? Comment dire l’enfer ? Primo Levi, David Rousset, Robert Antelme, entre autres, ont décrit et écrit l’abomination des camps et de la déportation dans des livres inoubliables, « ces chefs-d’œuvre de littérature débarrassés de toute littérature » comme l’a dit si justement Edgar Morin. Un autre de ces témoins de l’holocauste, Jean-Claude Grumberg, fils et petit-fils de déportés, a pris le parti d’écrire sur la Shoah sous la forme d’un conte pour dire, à sa manière, l’indicible et l’horreur et transmettre la douleur et le deuil sans fin et sans fond des rescapés du plus grand massacre antisémite de tous les temps. Grumberg s’est expliqué sur ce choix formel : « Un conte n’est pas historique. Un conte est quelque chose d’intemporel. On ne peut pas dire en détail les choses. Le conte permet, d’abord d’aller vite. Quand on conte, on n’est pas là pour assommer les gens, c’est l’histoire que l’on raconte qui peut les assommer. Mais le ton que vous devez avoir dans le conte, c’est un ton retenu. Le conte dit tout sans le dire. Il laisse deviner les choses. » Marguerite Yourcenar ne disait pas autre chose : « L’atrocité n’est jamais plus affreuse que montrée dans ses moments les plus modérés. »

Lire la suite