« Contes » de Miguel de Unamuno aux Éditions d’Albert Bensoussan

Contes

« Le premier écrivain de notre langue vient de mourir », voilà ce qu’écrivait en 1937 l’auteur argentin Jorge Luis Borges parlant de Miguel de Unamuno, cet « Espagnol basque, de la race de Loyola et de l’abbé de Saint-Cyran » comme se définissait lui-même ce grand intellectuel natif de Bilbao, province de Biscaye, dans son essai Le sentiment tragique de la vie. Recteur de l’université de Salamanque, cet homme, torturé sa vie durant par les débats ontologiques et politiques, mourut en 1936, après la victoire franquiste qui marquait pour lui une forme de naufrage de la pensée et de la culture.

Miguel de Unamuno, qui vécut à la charnière de deux siècles, né 36 ans avant 1900, mort 36 ans après, avait travaillé tous les champs de l’écriture en près d’une vingtaine de titres, du moins pour ceux qui ont été traduits en français : l’essai philosophique, le roman, la poésie, le théâtre, la nouvelle et le conte. Lire la suite

« Fille » par Camille Laurens chez Gallimard

Fille, Roman

Dans un roman où la part d’autobiographie n’est pas complétement absente, Camille Laurens nous plonge dans l’atmosphère sociale et familiale de la fin des années cinquante en Normandie. « Fille » nous fait apercevoir la vie d’un couple bourgeois et aisé, dominé par un chef de famille autoritaire entouré d’une épouse réduite à n’être que femme au foyer au service de son médecin de mari et de leurs deux filles. Tableau de trois générations successives, le roman nous raconte l’enfance, l’adolescence et la vie adulte de l’une des filles, Laurence, confrontée à l’évolution de la société des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, en proie elle-même aux secousses d’une existence et d’une société qui s’éveillent à la condition féminine. Un beau roman d’apprentissage. Lire la suite

 »Une machine comme moi » de Ian Mc Ewan aux éditions Gallimard

Une machine comme moi

Ian McEwan s’est toujours intéressé à la science et ses enjeux (Samedi, 2006 ; Solaire, 2011), à la politique aussi (L’Innocent, 1990 ; Opération Sweet Tooth, 2014, Le Cafard, 2020), aux problèmes juridiques et sociaux enfin (L’intérêt de l’enfant, 2016). Le nouveau roman de Ian McEwan, Une machine comme moi,  aborde la question de l’intelligence artificielle. Voilà un roman à plusieurs facettes, tout à la fois dystopie, uchronie, réflexion sur l’emprise des robots et machines informatiques dans nos vies ouvrant de considérables défis. Un livre excitant et sombre, porté par un humour noir dont McEwan ne se départit jamais.

Lire la suite

« Un automne de Flaubert » de Alexandre Postel aux éditions Gallimard

Retiré à Concarneau le temps d’un automne, entouré de quelques-uns de ses amis, Gustave Flaubert, en panne d’inspiration, respire les vents océaniques régénérateurs qui vont lui redonner la force, espère-t-il, de venir à bout d’un fichu Bouvard et Pécuchet calé au milieu du gué. De ce séjour saisonnier du vieil écrivain normand en Bretagne, un jeune romancier, nourri lui-même des mots du grand homme, va nous offrir un court et magnifique récit.
En 1875, Flaubert a 54 ans. Il est à six ans du terme de sa vie. Et ce bourreau de travail en cette année-là est fatigué. Sa mère est morte trois ans auparavant, conscient mais un peu tard qu’elle était « l’être qu’il a le plus aimé ». « Et autour de lui, tout meurt » : son ami Bouilhet à qui il lisait régulièrement les pages fraîchement écrites de sa Lire la suite

« Haute couture » de Florence Delay aux éditions Gallimard

Zurbarán, peintre sévillan du Siècle d’or espagnol, contemporain de Vélasquez, fut étiqueté « peintre des moines ». Assurément il le fut tant il offrit une impressionnante vision de son « éventail » monastique. L’homme, trois fois marié, dix fois père, a donné le sentiment d’avoir passé sa vie dans les couvents et de n’avoir eu de cesse d’observer et portraiturer moines et conventuels, sujets revêtus de blanc, de gris et de noir, couleurs de leurs robes du plus élémentaire et austère chromatisme. Le peintre a laissé ainsi un vaste tableau de la vie du monachisme espagnol. Tout au moins parle-t-on des communautés d’hommes, car les femmes qu’il a peintes, et les saintes en particulier, sont sensiblement plus rares dans les collections, galeries et musées européens et américains. Florence Delay, dans un essai bref et lumineux, Haute couture, fait Lire la suite

« Par les routes » de Sylvain Prudhomme aux éditions Gallimard

« Vivre, c’est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe.
Saviez-vous qu’il existait un livre sur la façon de faire du STOP :
« Guide pratique et humoristique de l’auto-stoppeur » Texte d’Yves Bergès, dessins de Sempé et l’exergue savoureux « A la SNC, en témoignage d’estime et de sympathie
« Par les routes » est l’histoire des retrouvailles de Sacha, le narrateur, et de son ancien co-locataire « l’auto-stoppeur » qu’il n’a pas revu depuis une vingtaine d’années.
Sacha, écrivain, décide un jour de partir s’installer dans le sud-est de la France, là où vit son ancien acolyte avec sa jeune femme Marie et leur petit garçon Agustin.
Sacha désire retisser les liens mais il découvre Lire la suite

« La panthère des neiges » de Sylvain Tesson aux éditions Gallimard

Température extérieure : moins 20, moins 30 ; température intérieure : parfois la même !!
Altitude entre 4000 à 5500
Nous sommes au Tibet : toutes ces étendues gelées constituent le décor envoûtant, fabuleux, dépaysant du nouveau livre de Sylvain Tesson.
Son guide n’est autre que le célèbre photographe animalier Vincent Munier dont les prises de vue subliment la beauté du monde et surtout du monde animal. Sa vie, c’est l’affût. Sa vie, c’est l’attente pour le « moment où… ». De l’art naît de ses clichés. (Soyez curieux !! photos sur internet).
Sylvain Tesson est l’accompagnateur, un magnifique accompagnateur qui, de ses commentaires au vocabulaire audacieux nous livre un récit merveilleux car, là-bas, tout n’est Lire la suite

« Le cœur de l’Angleterre » de Jonathan Coe aux éditions Gallimard

Jonathan Coe écrit, fiction après fiction, un seul et même roman, celui de l’Angleterre contemporaine. Depuis Testament à l’anglaise (1994), chronique acide de la dynastie de la famille Winshaw et de la corruption dans l’Angleterre de Thatcher des années soixante-dix et quatre-vingt, en passant par Bienvenue au club et Le cercle fermé (2002 et 2006), tableau des années Blair, Coe passe au scanner le quotidien des Britanniques avec une pertinence et une cruauté toujours teintées humour. Le cœur de l’Angleterre (2019) est de la même veine. Et l’on est cette fois plongé dans les années Cameron, May et Johnson, celles qui mènent au Brexit.
Le livre s’ouvre sur l’enterrement de l’épouse de Colin Trotter, maman de Benjamin. Nous sommes au cœur de l’Angleterre, dans Lire la suite

« Âme brisée » de Akira Mizubayashi aux éditions Gallimard

Voilà le cinquième livre et deuxième roman d’un merveilleux écrivain japonais féru de littérature française, maîtrisant parfaitement notre langue dans un style toujours fluide et délicat. Akira Mizubayashi, marié à une Française et homme de deux cultures, nous avait séduits avec « Une langue venue d’ailleurs » où, disait-il, il évoluait dans une forme d’entre-deux et s’abandonnait avec délice à « cette errance entre les deux langues ». La musique est aussi son territoire et sa passion. « Un amour de mille-ans », son premier roman, baignait dans la musique de Mozart. « Âme brisée » nous fait découvrir cette fois l’enchantement et les miracles nés de l’aventure d’un violon à la sonorité sublimée par la musique de Schubert et de Bach.
Dimanche 6 novembre 1938, Tokyo, un petit ensemble de musique de chambre répète dans un centre culturel d’un quartier de la capitale japonaise. Yu, un professeur d’anglais, a réuni là trois de ses étudiants, musiciens comme lui : Kang, un violoniste, Yanfen, une altiste, et Cheng, un violoncelliste, tous les trois chinois. Yu, lui, est japonais. Blotti dans un coin de la salle, Rei, « politesse » en japonais, jeune fils de Yu, est plongé dans la lecture d’un livre, tout en ne perdant pas une miette de la répétition.

Lire la suite

« La plus précieuse des marchandises » de Jean-Claude Grumberg aux éditions le Seuil

Comment parler de la Shoah ? Comment dire l’enfer ? Primo Levi, David Rousset, Robert Antelme, entre autres, ont décrit et écrit l’abomination des camps et de la déportation dans des livres inoubliables, « ces chefs-d’œuvre de littérature débarrassés de toute littérature » comme l’a dit si justement Edgar Morin. Un autre de ces témoins de l’holocauste, Jean-Claude Grumberg, fils et petit-fils de déportés, a pris le parti d’écrire sur la Shoah sous la forme d’un conte pour dire, à sa manière, l’indicible et l’horreur et transmettre la douleur et le deuil sans fin et sans fond des rescapés du plus grand massacre antisémite de tous les temps. Grumberg s’est expliqué sur ce choix formel : « Un conte n’est pas historique. Un conte est quelque chose d’intemporel. On ne peut pas dire en détail les choses. Le conte permet, d’abord d’aller vite. Quand on conte, on n’est pas là pour assommer les gens, c’est l’histoire que l’on raconte qui peut les assommer. Mais le ton que vous devez avoir dans le conte, c’est un ton retenu. Le conte dit tout sans le dire. Il laisse deviner les choses. » Marguerite Yourcenar ne disait pas autre chose : « L’atrocité n’est jamais plus affreuse que montrée dans ses moments les plus modérés. »

Lire la suite