« Un automne de Flaubert » de Alexandre Postel aux éditions Gallimard

Retiré à Concarneau le temps d’un automne, entouré de quelques-uns de ses amis, Gustave Flaubert, en panne d’inspiration, respire les vents océaniques régénérateurs qui vont lui redonner la force, espère-t-il, de venir à bout d’un fichu Bouvard et Pécuchet calé au milieu du gué. De ce séjour saisonnier du vieil écrivain normand en Bretagne, un jeune romancier, nourri lui-même des mots du grand homme, va nous offrir un court et magnifique récit.
En 1875, Flaubert a 54 ans. Il est à six ans du terme de sa vie. Et ce bourreau de travail en cette année-là est fatigué. Sa mère est morte trois ans auparavant, conscient mais un peu tard qu’elle était « l’être qu’il a le plus aimé ». « Et autour de lui, tout meurt » : son ami Bouilhet à qui il lisait régulièrement les pages fraîchement écrites de sa Lire la suite

« Entre deux mondes » de Olivier Norek aux éditions Oolikus

Un opposant au régime syrien décide de fuir son pays pour l’Angleterre et se retrouve immergé à Calais dans ce qu’on appelle  » la Jungle  » remplie d’êtres humains réduits à l’état de bêtes sauvages pour qui la seule loi qui existe est le chacun pour soi. Adam va se lier d’amitié avec un policier français et tous les deux vont tout mettre en oeuvre pour essayer de faire passer en Angleterre un enfant soudanais objet de tous les sévices dans ce camp.
Quel talent ! Une fois de plus Olivier Norek nous happe avec son écriture précise et sa narration sans concession.
Ne pas hésiter à dévorer ses autres romans : Territoires, Surtensions…

par BL

Je suis intéressé(e) par ce livre : je clique ici.

« Les dames de Kimoto » de Sawako Ariyoshi aux éditions Folio

Voici une fresque familiale qui s’échelonne du XIXème siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale.
Les Kimoto sont une famille ancienne aisée dont les 2 figures représentatives sont la grand-mère Toyono, 76 ans et sa petite-fille, Hana, 20 ans.
Hana, élevée par sa grand-mère dans la tradition est à l’âge où l’on se marie ; Un prétendant est désigné et choisit par la famille, c’est ainsi…
Hana est une jeune femme cultivée : elle a reçu une éducation ménagère (bien sûr) et aussi artistique.
Devenue mère, elle sera déçue par le côté revendicatif et moderne de sa fille qui rejette tout ce qui touche à la tradition, elle se retrouvera un peu dans sa petite-fille… mais le temps n’est plus au Japon d’antan.
Un récit très intéressant sur le poids des traditions, l’évolution de la femme, sa libération, le poids des superstitions, le masochisme …
Le côté suranné est délicatement Lire la suite

« Le phare, voyage immobile » de Paolo Rumiz aux éditions Folio

Paolo Rumiz est un poète.
Il part, loin de tout, la-bàs, sur ce petit bout de caillou de 1km de long sur 200 mètres de large au milieu de la Méditerranée. Il s’installe dans un phare entouré des veilleurs avec lesquels il échange des recettes, des découvertes sur la faune et la flore, le ciel, les vents…
Un très beau récit dont voici un extrait :
De même que le vent du nord, le grécale qui souffle du nord-est, vous exalte, il lave l’âme et nettoie les pensées. On le comprend rien qu’à son nom. Mais le levantazzo, ce vent humide et infâme est une lamentation, une migration d’âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur, il vous donne le sentiment de n’être qu’un misérable rien du tout face à l’immensité de la nature. Sur l’île, je me trouve peut-être devant cette chose qu’on cherche à tout prix à nous cacher et qui pourrait Lire la suite

« Haute couture » de Florence Delay aux éditions Gallimard

Zurbarán, peintre sévillan du Siècle d’or espagnol, contemporain de Vélasquez, fut étiqueté « peintre des moines ». Assurément il le fut tant il offrit une impressionnante vision de son « éventail » monastique. L’homme, trois fois marié, dix fois père, a donné le sentiment d’avoir passé sa vie dans les couvents et de n’avoir eu de cesse d’observer et portraiturer moines et conventuels, sujets revêtus de blanc, de gris et de noir, couleurs de leurs robes du plus élémentaire et austère chromatisme. Le peintre a laissé ainsi un vaste tableau de la vie du monachisme espagnol. Tout au moins parle-t-on des communautés d’hommes, car les femmes qu’il a peintes, et les saintes en particulier, sont sensiblement plus rares dans les collections, galeries et musées européens et américains. Florence Delay, dans un essai bref et lumineux, Haute couture, fait Lire la suite

« Par les routes » de Sylvain Prudhomme aux éditions Gallimard

« Vivre, c’est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe.
Saviez-vous qu’il existait un livre sur la façon de faire du STOP :
« Guide pratique et humoristique de l’auto-stoppeur » Texte d’Yves Bergès, dessins de Sempé et l’exergue savoureux « A la SNC, en témoignage d’estime et de sympathie
« Par les routes » est l’histoire des retrouvailles de Sacha, le narrateur, et de son ancien co-locataire « l’auto-stoppeur » qu’il n’a pas revu depuis une vingtaine d’années.
Sacha, écrivain, décide un jour de partir s’installer dans le sud-est de la France, là où vit son ancien acolyte avec sa jeune femme Marie et leur petit garçon Agustin.
Sacha désire retisser les liens mais il découvre Lire la suite

« Les inconsolés » de Minh Tran Huy aux éditions Actes Sud

Voici un conte noir du XXI ème siècle ! un condensé de belle histoire de fées bienveillantes, de marâtres, de prince charmant aux allures de polar.
L’histoire commence près du lac d’un vieux château célèbre par sa dame qui y vécu dans un temps ancien : ayant perdu son jeune époux à la guerre, elle fut inconsolable et, dans sa chambre tendue de noir, elle pleurait et remplissait moultes flacons de ses larmes…
Dans ce lac, un soir on y immerge un corps… « En se penchant, on pouvait deviner tout au fond une silhouette enveloppée d’un drap et lestée de deux blocs de pierre, l’un orné d’initiales entrelacées et l’autre d’une colombe. Motifs effrités, rongés par le temps. Dans quelques semaines, six mois, un an peut-être, il en serait de même pour le corps. Il se décomposerait jusqu’à se dissoudre dans le paysage qui lui tenait lieu de tombe-eaux noires piquées de roseaux où voletaient des Lire la suite

« Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena aux éditions POL

Santiago Amigorena déroule au fil de ses livres et depuis un quart de siècle une biographie familiale et personnelle, « pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né » écrit-il en préliminaire à ce dernier volume de la série, Le Ghetto intérieur. Les titres de ses précédents livres témoignent de cette difficulté à dire et à écrire: Une enfance laconique, Une jeunesse aphone, Une adolescence taciturne, Une maturité coite. Le Ghetto intérieur est de cette veine, celle de l’angoisse, de la culpabilité et du silence que Santiago nous fait revivre à travers la figure de son grand-père, Vicente, en proie à ce qu’il appelle dans ce dernier livre « la cruauté inutile de la mémoire ».
Cette mémoire est celle qui a hanté peu à peu, inexorablement, la vie de son grand-père, Vicente Lire la suite

« De pierre et d’os » de Bérengère Cournut aux éditions Le Tripode

Un livre sur une autre époque, celle où l’homme n’avait pas encore saccagé le monde blanc, celui des Inuits.
C’est l’histoire envoûtante d’Uqsuralik, petite jeune fille séparée de sa famille à cause de la fracture de la banquise ; elle se retrouve seule avec sa chienne ! « Ma seule chance de survivre est de rejoindre un bout de terre, une de ces montagnes au loin. En espérant qu’aucune faille ne m’en empêchera et que la lune reste présente pour éclairer mon chemin. Je dois marcher tant qu’elle sera là, sans me retourner. »
C’est une leçon de vie : Uqsuralik ne s’avoue jamais vaincue , elle avance malgré la violence des lieux et de certains hommes, malgré la faim, malgré Lire la suite

« Avant que j’oublie » de Anne Pauly aux éditions Verdier

Avant que j’oublie, roman : roman ou autofiction ? La narratrice y parle à la première personne et s’appelle Anne, elle aussi. Mais qu’importe après tout, l’essentiel est ailleurs, bien plutôt dans la charge d’émotions qui anime ce texte poignant qui nous fait sentir le poids de la disparition d’un être cher et nous étreint de bout en bout. Anne Pauly relate la fin de la vie d’un homme, père d’Anne dans ce récit, atteint d’un cancer et ancien alcoolique qui meurt dans une maison de retraite au bout d’une existence banale. Le récit d’Anne est comme une réconciliation avec ce père, mort dans la solitude. Le chagrin de sa fille s’achève dans l’apaisement et la tendresse pour ce père dont elle découvre, à présent orpheline, toute la sensibilité et l’amour qu’il portait en lui. Un récit de deuil et de tendresse inoubliable, qui n’exclut pas des moments d’humour, pour alléger un peu Lire la suite