« Âme brisée » de Akira Mizubayashi aux éditions Gallimard

Voilà le cinquième livre et deuxième roman d’un merveilleux écrivain japonais féru de littérature française, maîtrisant parfaitement notre langue dans un style toujours fluide et délicat. Akira Mizubayashi, marié à une Française et homme de deux cultures, nous avait séduits avec « Une langue venue d’ailleurs » où, disait-il, il évoluait dans une forme d’entre-deux et s’abandonnait avec délice à « cette errance entre les deux langues ». La musique est aussi son territoire et sa passion. « Un amour de mille-ans », son premier roman, baignait dans la musique de Mozart. « Âme brisée » nous fait découvrir cette fois l’enchantement et les miracles nés de l’aventure d’un violon à la sonorité sublimée par la musique de Schubert et de Bach.
Dimanche 6 novembre 1938, Tokyo, un petit ensemble de musique de chambre répète dans un centre culturel d’un quartier de la capitale japonaise. Yu, un professeur d’anglais, a réuni là trois de ses étudiants, musiciens comme lui : Kang, un violoniste, Yanfen, une altiste, et Cheng, un violoncelliste, tous les trois chinois. Yu, lui, est japonais. Blotti dans un coin de la salle, Rei, « politesse » en japonais, jeune fils de Yu, est plongé dans la lecture d’un livre, tout en ne perdant pas une miette de la répétition.

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« Nuage rouge » de Christian Gailly aux éditions Minuit

« Paru en 2000, ce roman a obtenu le prix France Culture.

Sur une route de campagne, un homme croise la voiture de son ami Lucien, grand amateur de la gent féminine, mais c’est une jeune femme au visage ensanglanté qui est au volant ! du rouge.

Une intuition lui fait craindre le pire et il part à la recherche de l’absent qu’il retrouve dans la clairière : son lieu de prédilection pour emmener et essayer de conclure avec toutes ses conquêtes. L’ami est tailladé, sanglant : là aussi, beaucoup de rouge !

Revenu d’entre les morts, Lucien demande instamment à son ami de retrouver la jeune femme qui s’appelle Rebecca Lodge, veuve inconsolable de son beau capitaine au long cours et résidant au Danemark : s’ensuit un voyage à Copenhague pour la retrouver… et après….

Un style minimaliste très efficace; en fait, l’auteur emmène le lecteur où il veut qu’on aille et, on va de revirement en revirement.

Cristian Gailly est mort en 2013.

A découvrir ou re-découvir (belles éditions de Minuit)

par MAG

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« La plus précieuse des marchandises » de Jean-Claude Grumberg aux éditions le Seuil

Comment parler de la Shoah ? Comment dire l’enfer ? Primo Levi, David Rousset, Robert Antelme, entre autres, ont décrit et écrit l’abomination des camps et de la déportation dans des livres inoubliables, « ces chefs-d’œuvre de littérature débarrassés de toute littérature » comme l’a dit si justement Edgar Morin. Un autre de ces témoins de l’holocauste, Jean-Claude Grumberg, fils et petit-fils de déportés, a pris le parti d’écrire sur la Shoah sous la forme d’un conte pour dire, à sa manière, l’indicible et l’horreur et transmettre la douleur et le deuil sans fin et sans fond des rescapés du plus grand massacre antisémite de tous les temps. Grumberg s’est expliqué sur ce choix formel : « Un conte n’est pas historique. Un conte est quelque chose d’intemporel. On ne peut pas dire en détail les choses. Le conte permet, d’abord d’aller vite. Quand on conte, on n’est pas là pour assommer les gens, c’est l’histoire que l’on raconte qui peut les assommer. Mais le ton que vous devez avoir dans le conte, c’est un ton retenu. Le conte dit tout sans le dire. Il laisse deviner les choses. » Marguerite Yourcenar ne disait pas autre chose : « L’atrocité n’est jamais plus affreuse que montrée dans ses moments les plus modérés. »

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« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » de Jean-Paul Dubois aux éditions de l’Olivier

Le dernier roman de Jean-Paul Dubois raconte le passage en prison d’un homme, Paul Hansen, paisible factotum de la résidence L’Excelsior à Montréal que rien ne destinait à être un jour incarcéré. Mélancolique et tendre, ce roman est une merveille d’humanité, comme sait nous les offrir, roman après roman, ce magnifique écrivain. Le Goncourt 2019 lui irait bien !
Paul Hansen est né de l’union improbable de Johanes Hansen et d’Anna Madeleine Margerit. Lui, pasteur protestant danois à la foi mouvante et friable comme le sable des dunes côtières de son Jutland natal, passé d’une dévotion religieuse fragile et un brin romantique au credo diabolique et destructeur des jeux de casinos et des champs de courses. Elle, française, libre et soixante-huitarde dans l’âme, réfractaire à toute espèce de religion, ne mettant jamais un pied dans une église ou un temple, à la grande surprise de son fils Paul – « mais ton père est si beau » lui disait-elle pour le rassurer -, héritière par ses parents d’un cinéma de quartier d’art et essai où la pornographie de « Deep throat » côtoyait les films de Truffaut ou Godard, une femme née de cet ancien monde « où l’on pouvait se séparer pour un mauvais film ».

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« L’absolue perfection du crime » de Tanguy Viel aux éditions Minuit

Nous voilà plongés dans un bon vieux film des années 60 : « Touchez pas au grisbi », « Les tontons flingueurs »…

Une bande de « bras cassés ». Marin en est le chef. Il est entouré par Andrei plutôt falot et par Pierre, jeune caïd de la banlieue brestoise… Tous sont chapeautés par « l’oncle » qui n’a rien d’un oncle mais plutôt d’un vieux « parrain » sur le retour. C’est « la famille ».

Leur prochain coup, c’est le casino.

« Nous, peut-être on était des caïds, peut-être quelque chose sur nos visages faisait peur à voir et peut-être dans la ville, un temps on a eu peur de nous, de nos arnaques bien faites, de nos vestes noires, peut-être on aurait pu continuer de tourner en voiture dans les quartiers sombres, de prendre l’argent dans les sales mains, mais c’est sûr, le casino, tout ce qu’on avait à faire, c’était de passer devant la porte en baissant la tête.

Et tout le livre est d’une subtilité inouïe: la description de la rade, de l’appartement de Marin, de sa voiture et les personnages sont haut en couleur.

C’est peut-être « l’absolue perfection du crime », « mais surtout l’absolue perfection du style.

Un pur régal.

par MAG

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« Insoupçonnable » de Tanguy Viel aux éditions Minuit

« Alors il y a cela de curieux et de mathématiques dans le désir des hommes que la résistance au lieu de rabattre l’ambition la fait plus grande encore… »

Tanguy Viel et cette écriture si belle, si pointue, si fine… j’aime !

C’est l’histoire d’une jeune femme qui sert d’appât et finit par se faire épouser par son soupirant, un vieux monsieur, ancien commissaire-priseur à la retraite et golfeur…

C’est court, cruel, drôle

 » Tel est pris qui croyait prendre »

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« Ravel » de Jean Echenoz chez Minuit

« Ravel » est un roman de Jean Echenoz qui raconte la vie du compositeur entre les deux guerres, au faîte de sa gloire, assombrie par le cruel déclin physique et mental, irrémédiable, de ses dix dernières années de vie. Ce livre nous montre un petit homme sec, dépressif et solitaire. « Ravel » nous offre une oeuvre typiquement « echenozienne » dans laquelle la phrase se fait précise et concise, sans fioritures ni longues digressions, presque technique quand le romancier nous décrit par le menu le paquebot sur lequel embarque Ravel vers les Etats-Unis, sur les modèles de voitures puissantes et clinquantes ou les « flèches » ferroviaires qu’emprunte le musicien en Amérique.
Un roman d’Echenoz est un mélange de Lire la suite

« Minuit » de Dan Franck chez Grasset

9782246613510Dans un récit captivant, « Minuit », réédité dans « Le Livre de Poche » en 2012, Dan Franck construit le roman noir de l’Occupation allemande et nous éclaire sur les comportements, les lâchetés, les faiblesses, ou le courage et l’héroïsme des créateurs et intellectuels, connus et méconnus, de cette sombre époque.
Dans une étonnante galerie de portraits, divisée en autant de chapitres courts et enlevés, ornés de « citations-incipit » graves ou pleines d’humour, Dan Franck nous dresse un tableau où s’affronte, se croise, se défie ou se fréquente tout le monde littéraire et artistique de cette France ténébreuse des années 40, écartelée entre Résistance et Collaboration. Le livre relate la déambulation, à travers la France et l’Europe, aventureuse et angoissée d’Arthur Koestler ou Walter Benjamin, Lire la suite

« Courir » de Jean Echenoz chez Minuit

9782707320483« Courir » fut la raison de vivre d’Emile Zatopek, athlète tchécoslovaque du milieu du XXè siècle. Et le romancier Jean Echenoz a parcouru au pas de course l’existence de ce coureur de fond exceptionnel, dans un récit vivant, alerte, parfois haletant, tout au long de ses 140 pages. La vie de cet homme hors norme fut un « roman », heureux sous-titre du livre, qui s’ouvre avec l’invasion allemande de la Moravie et s’achève avec l’occupation soviétique au lendemain du second conflit mondial. La boucle de l’histoire de la Tchécoslovaquie, au milieu du siècle, est ainsi bouclée et la vie sportive d’Emile Zatopek ira de l’un à l’autre de ces deux régimes autoritaires.
Le jeune homme n’est pas attiré du tout par la Lire la suite

« Ronce-Rose » de Eric Chevillard chez Minuit

9782707343161

Voici le journal intime de Ronce-Rose. Elle vit entourée de Mâchefer et de son ami Bruce. De la fenêtre, elle épie ses plus proches voisins : un unijambiste et la sorcière sans oublier les mésanges sur le sorbier.

Mais, un jour, Mâchefer et Bruce ne rentrent pas; elle décide de partir à leur recherche et flèche son parcours à la craie blanche pour qu’ils puissent la retrouver. Ils ne peuvent pas la laisser toute seule…

Ce livre est un très joli conte triste.

par MAG

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