« Contes » de Miguel de Unamuno aux Éditions d’Albert Bensoussan

Contes

« Le premier écrivain de notre langue vient de mourir », voilà ce qu’écrivait en 1937 l’auteur argentin Jorge Luis Borges parlant de Miguel de Unamuno, cet « Espagnol basque, de la race de Loyola et de l’abbé de Saint-Cyran » comme se définissait lui-même ce grand intellectuel natif de Bilbao, province de Biscaye, dans son essai Le sentiment tragique de la vie. Recteur de l’université de Salamanque, cet homme, torturé sa vie durant par les débats ontologiques et politiques, mourut en 1936, après la victoire franquiste qui marquait pour lui une forme de naufrage de la pensée et de la culture.

Miguel de Unamuno, qui vécut à la charnière de deux siècles, né 36 ans avant 1900, mort 36 ans après, avait travaillé tous les champs de l’écriture en près d’une vingtaine de titres, du moins pour ceux qui ont été traduits en français : l’essai philosophique, le roman, la poésie, le théâtre, la nouvelle et le conte. Lire la suite

« L’intimité » de Alice Ferney chez Actes Sud

L'intimité, Roman

Quel bonheur de retrouver la très belle écriture d’Alice Ferney appliquée et structurée.

Alexandre et Ada partent à la maternité après avoir confié leur ainé à la voisine, une libraire féministe.

Le récit commence par un drame, mourir en couches c’est le sort d’une centaine de femmes en France chaque année.

Comment Alexandre en proie à une culpabilité tenace réussira-t-il à vivre après ce choc ?

A partir de cette tragédie Alice Ferney aborde de façon un peu philosophique l’intimité de la femme, de l’homme, du couple, de la reproduction, des méthodes offertes pour avoir à tout prix un enfant. Lire la suite

« Fille » par Camille Laurens chez Gallimard

Fille, Roman

Dans un roman où la part d’autobiographie n’est pas complétement absente, Camille Laurens nous plonge dans l’atmosphère sociale et familiale de la fin des années cinquante en Normandie. « Fille » nous fait apercevoir la vie d’un couple bourgeois et aisé, dominé par un chef de famille autoritaire entouré d’une épouse réduite à n’être que femme au foyer au service de son médecin de mari et de leurs deux filles. Tableau de trois générations successives, le roman nous raconte l’enfance, l’adolescence et la vie adulte de l’une des filles, Laurence, confrontée à l’évolution de la société des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, en proie elle-même aux secousses d’une existence et d’une société qui s’éveillent à la condition féminine. Un beau roman d’apprentissage. Lire la suite

« Elle a menti pour les ailes » de Francesca Serra aux éditions Anne Carrière

Elle a menti pour les ailes

Une magnifique plongée chez les « Millénials » la génération Z ou Digital Natives née autour de l’année 2000 qui n’a jamais vécu sans internet ni sans les réseaux sociaux.

A la fois chronique et thriller le récit mérite le détour pour sa qualité d’écriture, sa finesse et son originalité.

Une jeune lycéenne très belle gagne un concours de mannequin en marge de sa vie scolaire ; elle est confrontée à la jalousie, à la gestion de son image en étant constamment connectée.

Une fois familiarisé avec les codes, le langage et les sms permanents les personnages sont attachants par leur grande fragilité, leurs émois et leurs angoisses.

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« Le Consentement » par Vanessa Springora chez Le Livre de Poche

Le consentement

En janvier 2020, les Éditions Grasset ont publié un livre qui allait faire quelque bruit, signé de Vanessa Springora, intitulé Le Consentement. L’écrivaine y dévoilait, trente ans après, son amour d’adolescente avec un romancier de trente-six ans son aîné, Gabriel Matzneff, diariste et auteur sulfureux de romans et d’essais, très en cour à l’époque dans le milieu littéraire parisien. Vanessa Springora a tiré de cette lourde épreuve personnelle un récit douloureux et cathartique qui participe de la vague actuelle de libération de la parole à laquelle les courants féministes sont d’importants et essentiels contributeurs.

Gabriel Matzneff, nommé d’une seule ou de ses deux initiales tout au long de ce récit, est un amoureux de « chair fraîche », qu’elle soit féminine ou masculine, de préférence mineure, et n’a de cesse de le montrer et l’écrire sur la place publique. L’un de ses essais s’intitule même « Les moins de seize ans ».

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Djaïdi Amadou Amal « Les impatientes » voix des femmes et Prix Goncourt des lycéens 2020

Les impatientes

Dans le dernier carré des livres « goncourables » en 2020 figurait le roman de Djaili Amadou Amal, romancière camerounaise publiée pour la première fois en France, dans une modeste maison d’édition, infiniment moins en vue que le fameux trio GalliGrasSeuil gagnant quasi exclusif des prix littéraires de chaque automne. Tous ces handicaps de notoriété n’ont pas empêché l’attribution du Goncourt des lycéens à cette courageuse et talentueuse narratrice qui nous parle de la cruelle condition des jeunes filles dans le carcan social et religieux de l’Afrique subsaharienne.

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« La mort de près » par Maurice Genevoix aux éditions La Table ronde

La mort de près

L’écrivain Maurice Genevoix est entré au Panthéon en novembre 2020. Geste d’hommage à la voix narrative et inoubliable de la Grande Guerre. Au soir de sa vie, Maurice Genevoix, secrétaire perpétuel de l’Académie française, ressentit la nécessité de revenir sur la mort qu’il avait frôlée à trois reprises, dans la Meuse, entre août 1914 et avril 1915. Pendant l’été 1971, il rédigea un petit livre beaucoup moins cité que le fameux ensemble intitulé « Ceux de 14 ». Dans ce texte, aussi fort que bref, notre homme de quatre-vingts ans y dialogue avec le jeune lieutenant qu’il fut alors et qui batailla au cœur de la Grande Guerre. Maurice Genevoix a voulu transmettre là son expérience intime de frère des hommes face aux affres de la mort.

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« Le bouquiniste Mendel » de Stefan Zweig chez Sillage édition

LE BOUQUINISTE MENDEL

En 2013, la (trop) discrète maison d’édition parisienne Sillage publiait une traduction, revue par Manfred Schenker, d’une des nombreuses nouvelles de Stefan Zweig, « Le bouquiniste Mendel ». Admirable texte qu’on peut lire comme un parfait reflet du style et une fidèle illustration de la pensée du grand écrivain autrichien. À tout lecteur encore ignorant ou peu familier de ce singulier et extraordinaire écrivain, voilà le petit livre qui vous convaincra à jamais de lire et relire régulièrement le grand polygraphe de Vienne.

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« Thésée, sa vie nouvelle » de Camille de Toledo aux Éditions Verdier

Thésée, sa vie nouvelle

Dans Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo entreprend une longue histoire et introspection de sa famille du côté maternel : quatre générations d’une histoire méconnue sinon largement étouffée, parcourue par la mort et la douleur, depuis l’aube du XXe siècle jusqu’à cette première décennie du XXIe siècle. Un singulier, grand et inoubliable livre.

Le livre s’ouvre sur la mort brutale que se donne Jérôme, « premier mars deux mille cinq », pendu par une corde dans la maison parentale, retrouvé par Gatsby, un père anéanti appelant à son secours son deuxième fils, « le frère qui reste », Thésée. Ce livre mémoriel se referme, comme une boucle, sur une autre mort, brutale elle aussi, celle de « l’ancêtre », arrière-grand-père de Thésée, Talmaï, qui se tire une balle dans la tête le 30 novembre 1939, désespéré de voir partir au front son jeune fils, Nathaniel, grand-père de Thésée.

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« Un jour viendra couleur d’orange » de Grégoire Delacourt chez Grasset

Un jour viendra couleur d'orange

Les romans de Grégoire Delacourt touchent toujours au cœur de notre société. Souvent sous la forme d’un conte, comme dans La femme qui ne vieillissait pas qui défait le mythe de la jeunesse éternelle ou Mon père abordant avec force et âpreté le sujet de la pédophilie dans l’Église catholique. Son dernier livre, Un jour viendra couleur d’orange, titre emprunté à un poème de Louis Aragon, est dans cette même lignée, roman magnifique d’humanité et d’amour, écrit sans emphase ni sécheresse, dans la justesse, la délicatesse et la sobriété qui sied à un sujet tout autant intime qu’universel : la fragilité et l’innocence de l’enfance perdue dans une vie adulte brutale et impitoyable. Grégoire Delacourt nous offre là un texte comme une fable de la vie contemporaine, un conte pour adultes. Lire la suite