« Les Vilaines  » de Camila Sosa Villada aux éditions Métailié

Les Vilaines

Camila Sosa Villada, romancière, dramaturge, actrice argentine née en 1982, a fui une enfance particulièrement délicate et difficile dans une famille pauvre régentée par un père autoritaire dominant une épouse, trompée et cantonnée sa vie durant à faire le ménage chez elle et chez les autres. Née garçon, celle qui est devenue Camila n’eut de cesse dès sa prime jeunesse d’être et de paraître fille. C’est cette aventure qui fait en partie le roman « Les Vilaines », un beau récit, sensible et attachant. 

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« Un garçon comme vous et moi » d’Ivan Jablonka aux éditions du Seuil

Un garçon comme vous et moi de Ivan Jablonka - Grand Format - Livre -  Decitre

Ivan Jablonka est historien des sciences sociales et romancier. Il vient de publier, en janvier 2021, Un garçon comme vous et moi , autobiographie où l’auteur se fait à la fois sujet et objet d’études, où il se raconte, s’observe, se dépeint et analyse son environnement familial et éducatif depuis sa plus petite enfance, au milieu des années 70, jusqu’à l’aube des années 2000. Un beau livre, attachant et juste. 

« On ne naît pas femme, on le devient », tout le monde connaît la phrase de Simone de Beauvoir. Le livre d’Ivan Jablonka est un peu le versant masculin d’une même thématique « genrée » : « J’aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un. » Et en quoi les mécanismes, rôles et fonctions, sociologiques et éducatifs, ont fait de moi un homme « blanc, hétérosexuel, diplômé, solvable en tout point du globe », se demande-t-il. Qu’est-ce qu’« être élevé comme un garçon, c’est-à-dire pas-comme-une-fille » ? Pour répondre à ces questions, Ivan Jablonka, entreprend donc une « autobiographie de genre » qui « analyse l’éducation-garçon reçue à la fin du XXe siècle. »

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« Le Rêve d’Alejo Carpentier : Orinoco » de Jean-Louis Coatrieux aux éditions Apogée

Le rêve d'Alejo Carpentier, Orinoco

« Je est un autre » écrivait Rimbaud, marquant toute la complexité d’un être humain, l’entremêlement, l’osmose et l’hybridité des courants et sentiments qui le traversent, l’agitent, et forment sa personnalité et sa structure mentale. Jean-Louis Coatrieux prenait dès le premier volume de son dyptique intitulé Le Rêve d’Alejo Carpentier  le parti d’écrire non pas sur Carpentier mais en lieu et place de Carpentier. Il fait le choix, dans ce beau et deuxième volume de la vie de l’écrivain, de se mettre dans ses pas, non pour le suivre à la trace mais pour vivre sa trace, non pour raconter Alejo mais pour être Alejo, dans toute son  originalité et sa force. 

S’ils sont bien réels et d’une particulière précision, les événements, rencontres et personnages sont mis en scène par la seule volonté et l’imagination de Jean-Louis Coatrieux qui va donner chair et âme aux hommes et femmes de la vie d’Alejo Carpentier dans une scénographie réglée par la seule volonté de son double en écriture. Jean-Louis sera donc Alejo. En littérature, ce parti pris s’appelle une « exofiction » ou, comme l’a écrit Jean-Louis Coatrieux, la « vérité de la parole inventée. »

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« Brèves de solitude » de Sylvie Germain aux éditions Albin Michel

Brèves de solitude

Voilà l’un des tout premiers romans consacrés à l’épidémie de coronavirus. Sylvie Germain jette un regard plein de tendresse sur ses personnages, mosaïques d’hommes et de femmes qui s’observent et se dévoilent, plongés dans la terrible solitude du confinement. Un roman magnifiquement écrit, d’une grande humanité. 

Le roman s’ouvre sur le personnage de Joséphine, vieille dame, veuve, un peu grognon, « le sang amer, la salive acide », quand elle observe le petit square de son quartier, autrefois joli jardin public avec son manège de chevaux de bois, pimpant, fleuri, aujourd’hui misérable avec ses buissons négligés et ses rares arbres qui ont résisté aux engins de démolition et de construction. Ce qui pousse à présent ce n’est plus la nature mais le béton. « Elle ne reconnaît plus son domaine qui avait des allures de village. Si ça continue, c’est elle qui sera une exilée. Une expatriée à domicile. »

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« Cabale à la cour » de Jean-Michel Delacomptée chez Robert Laffont

Cabale à la cour

Jean-Michel Delacomptée est historien de notre littérature : Montaigne, La Boétie, Saint-Simon, Racine, Bossuet, La Bruyère, Madame de la Fayette ont été ses objets d’investigation en autant de lumineuses études ou biographies. Cette fois, l’historien, pénétré de la connaissance intime des Mémoires de celui qu’on appelait le petit duc, Louis de Rouvroy, autrement dit Saint-Simon, nous plonge dans la cour de Versailles, théâtre agité de toutes les rumeurs, jalousies et coteries entre ses acteurs poudrés et emperruqués, et nous offre un récit dialogué et imaginé entre le fameux mémorialiste et son ami, Philippe d’Orléans, neveu du Roi-Soleil. Cabale à la cour  est un texte bref, enlevé, vivant, qu’on croirait sorti de la plume de Saint-Simon lui-même. 

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« Sous la plume – petite exploration du pouvoir politique » de Marie de Gandt aux éditions Robert Laffont »

 Nos Présidents de la République successifs ont recours à ce qu’on appelle des « plumes » pour écrire leur discours importants. Emmanuel Macron a fait appel à Sylvain Fort, normalien, antérieurement critique de musique classique et germaniste. François Hollande avait appelé à ses côtés Pierre-Yves Bocquet, énarque, antérieurement et étonnamment critique reconnu de rap américain !

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« Un royaume d’olives et de cendres de Michael Chabon et Ayelet Waldman aux éditions Robert Laffont »

 

L’initiative de ce livre est déjà une réussite. Demander à 26 écrivains des quatre coins du monde d’aller vivre en Palestine, pour ensuite en faire une traduction écrite : un récit, une nouvelle, un événement, une enquête sur ce qu’ils ont vécu, compris ou appris. Quelle que soit la forme de ces 26 nouvelles, les tons employés ont tous des nuances différentes et instructives.

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