« Amours » de Léonor de Récondo

9782848051734Je le dis tout de suite, ce livre m’a emballé car admirablement écrit, admirablement écrit. Je l’ai offert, conseillé, et toutes les lectrices ont le même enthousiasme !! Un court roman d’une grande sensibilité avec 2 beaux portraits de femmes, d’un style d’une évidente musicalité, qui nous happe dans un univers feutré.

Nous sommes en 1908, dans une petite ville du Cher, dans une maison bourgeoise. Anselme de Boisvaillant est notaire, qui mène une vie d’un certain train, marié depuis 5 ans. Sa jeune épouse Victoire (mariage arrangé par la mère, pour les convenances) s’ennuie, se pliant de mauvaise grâce aux activités caritatives. Tout est convenu, avec un secret : le couple n’arrive pas à avoir d’héritier ! Pour Victoire, sa vie de couple est un échec, peu préparée à la vie conjugale, devenue hostile et différente au plaisir du sexe et fermant bien souvent sa porte au mari. Le personnel de la maison : Pierre, le cocher et homme à tout faire, muet après la guerre, et Huguette sa femme, intendante et cuisinière attachée à la famille Boisvaillant depuis fort longtemps. Et Céleste, la jeune bonne, venue de sa campagne profonde, n’ayant jamais eu de vie familiale chaleureuse.  Anselme satisfait les besoins de son corps, en rejoignant la nuit Céleste  et la prenant « bestialement » ! La jeune Céleste ne dit rien de perdre sa place, s’en remettant à ses prières à la Vierge. Huguette lui conseillera de se taire. Mais elle se retrouve enceinte de Monsieur. Elle réalise tardivement cette grossesse, par ignorance. Elle en parle à Huguette, et à sa jeune maîtresse ; il n’est plus question de faire quoique ce soit, et voici Céleste contrainte de garder cet enfant. Victoire décidera alors que ce sera l’enfant du couple, l’héritier tant attendu, et lui permettant ainsi de fermer sa porte à son mari tout en étant mère aux yeux du monde. Cet enfant naîtra Adrien pour la grande fierté de la famille Boisvaillant, et il rapprochera les deux femmes. Victoire, un jour, découvrira la beauté du corps de Céleste, cette jeune femme libérée des corsets qu’elle doit porter ! Mais Victoire ne sait pas vraiment s’occuper du bébé, jouant « désespérément » du piano alors que le bébé dépérit. Céleste le récupérera une nuit pour le garder contre elle par un contact « peau à peau » afin de lui redonner appétit. Les deux femmes ne vont pas se déchirer… Une nuit, Victoire montera dans la chambre de Céleste et ce sera la découverte de leurs corps, le déclenchement d’une passion amoureuse. Toutes les nuits, les deux femmes vont ainsi se retrouver dans le petit lit de fer ! Tout d’abord chaste, cet amour deviendra de plus en plus sensuel et les deux femmes vont découvrir avec passion leurs corps, vivant cet amour interdit, étouffé dans le huis-clos de cette maison, symbole de convenances morales et religieuses. Victoire et Céleste s’échapperont un court séjour à Paris, et ce sera l’apothéose découverte de la ville et de la liberté, prêtes à tout laisser derrière elles. Mais ce sera le retour dans la maison bourgeoise et ses convenances. La musique devient de plus en plus présente pour Victoire qui joue en boucle la Sonate au Clair de Lune, prenant conscience de son amour pour Céleste et s’interrogeant sur sa vie. Céleste, de son côté, ne sait plus que faire…. Cette superbe histoire entre ces deux femmes verra chacune se remettre en question ; et Léonor de Recondo nous amène à un final bouleversant, avec tout le lyrisme de tout ce livre.

Un livre attachant dans le style et l’histoire. A lire de toute urgence !!

E.S.A

« Amours » de Léonor de Récondo chez Sabine Wespieser

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3 réflexions sur “« Amours » de Léonor de Récondo

  1. Marie-CHB dit :

    C’est tout en douceur, par petites touches que nous évoluons pianissimo, dans ce magnifique roman que l’auteur dirige d’une main de Maître ! Tout en Harmonie ! Une délicatesse infinie, beaucoup de fluidité et d’émotions ! Un style direct et concis, des phrases limpides. Nous assistons à plusieurs histoires d’AMOURS : l’Amour de l’enfant qui paraît, l’Amour de l’autre, l’Amour de son corps. Nous sommes plongés dans un milieu bien-pensant où règne le non-dit : un mariage arrangé, un adultère, un enfant du hasard qui change de bras, le tout mêlé de jalousie, d’indifférence, puis une épouse comblée et enfin libérée de toute contrainte, de tout carcan… une rapide escapade chez les mondaines -au n° 3 de la rue Royale-, dans le milieu de la mode à Paris chez Paul Poiret, dessinateur de mode chez Doucet en 1898.
    Une belle BALADE à travers la campagne du Cher mais aussi une belle BALLADE musicale grâce à l’apparition de références musicales (à découvrir ou redécouvrir) dans ce bel ouvrage.
    Ne dit-on pas que « La MUSIQUE adoucit les moeurs » !
    A chacun d’interpréter la partition de cet excellent ballet !

      • MARIE-CHB dit :

        Je viens de vous adresser un petit mot à propos du livre de Marc TREVIDIC pour AHLAM, un livre bien écrit avec de belles réflexions sur l’Art avec un grand A, à mettre entre toutes les mains afin de nous ouvrir les yeux face à la terreur et l’obscurantisme car c’est une histoire dérangeante. C’est à la fois beau,cruel et malheureusement si réel. (je n’ai pas ajouté la 1ère de couverture mais j’espère que vous retrouverez mon texte)
        Marie-CHB

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